Gestion des vulnérabilités
Le cycle
détection → corrélation SBOM → triage → qualification d'exploitabilité (VEX)
→ priorisation → remédiation → vérification → publication d'un avis
→ clôture → archivage
Chaque transition est horodatée. C’est cette chronologie qui démontre, en cas de contrôle, le traitement « sans délai » exigé par l’annexe I.
Les sources à agréger
| Source | Nature | Rôle |
|---|---|---|
| EUVD | Base européenne de vulnérabilités, opérée par l’ENISA | Source européenne de référence, alimentée par les signalements CRA |
| NVD | Base américaine, corrélation par CPE | Couverture large, latence et imprécision d’appariement |
| OSV | Base par écosystème, corrélation par PURL | Précision élevée sur les paquets |
| Catalogues d’exploitation avérée | Vulnérabilités effectivement exploitées | Déclencheur prioritaire |
| Avis des éditeurs et distributions | Correctifs et rétroportages | Évite les faux positifs de version |
| Avis des projets amont | Souvent en avance sur les bases | Détection précoce |
| CERT nationaux | Alertes et contexte de menace | Contexte régional |
L’agrégation est le rôle de la plateforme de pilotage, pas d’un tableur.
Le triage
Trois questions, dans cet ordre :
- Le composant est-il réellement présent ? Vérification par
purlet empreinte. Beaucoup d’alertes s’arrêtent ici — voir Identifiants. - Le code vulnérable est-il atteignable ? Analyse d’atteignabilité, examen du chemin d’exécution. C’est ici que se décide le statut VEX.
- Quelle est l’urgence réelle ? Priorisation, ci-dessous.
La priorisation
Aucun indicateur pris isolément ne suffit.
| Indicateur | Ce qu’il dit | Ce qu’il ne dit pas |
|---|---|---|
| Gravité (CVSS de base) | La sévérité intrinsèque | Ni l’exploitation réelle, ni votre contexte |
| Score environnemental | La sévérité chez vous | Suppose un travail de contextualisation |
| Probabilité d’exploitation | La vraisemblance d’une exploitation à court terme | Ni la présence chez vous, ni l’impact |
| Exploitation avérée | Qu’elle est exploitée dans la nature | Ni chez vous, ni sur ce chemin |
| Atteignabilité | Que le code est appelé | Ni l’exploitabilité, ni l’impact |
| Exposition réseau | Que le composant est accessible | — |
| Criticité métier du produit | L’impact d’un incident | — |
Score composite recommandé, à pondérer une fois et à documenter :
priorité = gravité contextualisée
× facteur d'exploitation (avérée > probable > théorique)
× atteignabilité (appelé > présent non appelé)
× exposition (réseau > local)
× criticité métier du produit
L’important n’est pas la formule mais le fait qu’elle soit écrite, stable et appliquée uniformément : c’est ce qui rend les décisions comparables et défendables.
Les SLA de remédiation
À définir, à publier en interne, et à mesurer :
| Niveau | Déclencheur | Délai de correction cible |
|---|---|---|
| Urgence absolue | Exploitation active constatée sur votre produit | Contournement immédiat, correctif sous 72 h |
| Critique | Exploitable à distance sans authentification, atteignable | 7 jours |
| Élevé | Exploitable, atteignable, conditions particulières | 30 jours |
| Moyen | Exploitable dans un scénario restreint | 90 jours |
| Faible ou non exploitable | Documenté en VEX | Traité à la prochaine version |
Ces délais sont internes ; le règlement exige un traitement « sans délai », sans le chiffrer. Des SLA écrits et tenus sont la meilleure démonstration de ce que vous entendez par « sans délai ».
Le déclencheur du signalement
C’est le point d’articulation entre la technique et le droit.
Dès qu’une vulnérabilité de votre produit est qualifiée activement exploitée, le délai de 24 heures de l’article 14 court. Le passage du triage à l’obligation juridique ne doit pas dépendre de l’initiative d’un analyste de garde.
Mise en œuvre : un statut dédié dans l’outil de suivi, dont l’activation déclenche automatiquement une alerte vers l’astreinte juridique et l’ouverture d’une entrée au registre des décisions. Voir Procédure 24 h et Obligations de signalement.
La séparation des correctifs
L’annexe I demande, lorsque c’est techniquement possible, que les correctifs de sécurité soient fournis séparément des évolutions fonctionnelles. Cela suppose :
- une stratégie de branches de maintenance par ligne de version supportée ;
- une capacité de rétroportage vers les branches anciennes ;
- une numérotation qui distingue clairement un correctif de sécurité ;
- des tests de non-régression exécutables sur des branches anciennes, donc un environnement de construction conservé.
C’est une contrainte d’ingénierie lourde, à décider à la conception et non lors du premier incident.
Les indicateurs
Délai médian de triage, délai médian de remédiation par niveau, âge moyen des vulnérabilités ouvertes, part des alertes traitées en VEX, part des SLA respectés, nombre de vulnérabilités héritées de composants abandonnés. Voir Indicateurs.