Diffusion et confidentialité

Ce que le règlement impose — et n’impose pas

Impose : que le SBOM figure dans le dossier technique, tenu à la disposition des autorités de surveillance du marché.

N’impose pas : sa publication, ni sa communication systématique aux clients.

Prévoit toutefois : que les informations à l’utilisateur indiquent, le cas échéant, l’endroit où le SBOM peut être obtenu (annexe II). La formulation suppose donc d’avoir tranché la question et de savoir répondre.

Le débat : le SBOM aide-t-il l’attaquant ?

L’argument avancé contre la publication est qu’un SBOM révèle la composition exacte du produit et facilite le ciblage. Il mérite d’être examiné, pas balayé.

Ce qui l’affaiblit :

  • un attaquant motivé détermine la composition d’un binaire par analyse, sans votre aide ;
  • les vulnérabilités des composants sont publiques par construction ;
  • l’asymétrie joue en votre défaveur si vous ne connaissez pas votre propre composition aussi bien que l’attaquant.

Ce qui le renforce :

  • un SBOM public daté permet de repérer les produits non mis à jour ;
  • il facilite le ciblage de masse par balayage automatisé du marché ;
  • il peut révéler des informations couvertes par le secret des affaires — architecture, fournisseurs, choix techniques.

Position raisonnable : le SBOM n’est pas un secret, mais sa diffusion large sans VEX associé est une mauvaise pratique. Publier un inventaire brut sans dire ce qui est exploitable transfère le bruit à vos clients.

Les niveaux de diffusion

Niveau Destinataire Quand
Interne Équipes, plateforme de pilotage Toujours
Autorités sur demande Surveillance du marché, organisme notifié Obligatoire
Client sous accord de confidentialité Grand compte, secteur régulé Sur demande contractuelle
Client via portail authentifié Base installée Politique standard recommandée
Public Tous Décision explicite, produit par produit

Le niveau « portail authentifié » est le bon équilibre par défaut : il satisfait la demande légitime des clients, trace les accès, et permet de fournir le SBOM accompagné des VEX et des avis, ce qui est bien plus utile qu’un inventaire seul.

Les clauses contractuelles

Côté client, ce qui doit être écrit :

  • le format et la version fournis ;
  • la profondeur couverte, et la déclaration honnête de complétude ;
  • la fréquence de mise à jour — par version livrée, ou à intervalle défini ;
  • les modalités d’accès : portail, sur demande, avec ou sans authentification ;
  • la confidentialité et l’interdiction de rediffusion ;
  • l’articulation avec les avis de sécurité et les VEX.

Côté fournisseur, les clauses symétriques que vous exigez figurent dans Clauses contractuelles.

La confidentialité côté autorités

Le règlement encadre l’usage des informations obtenues par les autorités, les organismes notifiés et l’ENISA : elles sont traitées dans le respect des secrets d’affaires et des droits de propriété intellectuelle, et ne sont utilisées que dans la mesure nécessaire à l’exercice de leurs missions.

Cela ne dispense pas de marquer explicitement les documents transmis et de tracer les échanges.

La matrice décisionnelle

Critère Vers la restriction Vers l’ouverture
Nature du produit Composant de sécurité, produit critique Produit grand public
Base installée Petite et identifiée Large et anonyme
Demande client Absente Contractuelle et récurrente
Maturité de vos VEX Faible : publier créerait du bruit Élevée : publier réduit les sollicitations
Positionnement Le secret de composition est un avantage La transparence est un argument commercial

La décision est prise par produit, documentée, et revue annuellement. Elle est de la compétence conjointe du Juridique et de la direction produit, pas de l’ingénierie seule.